| Appel du 6 mai |
<<Même si elles sont rares et souvent fruit de fantasmes d'élèves stressés, les fuites au bac existent et les soupçons peuvent même atteindre un futur ministre de l'enseignement scolaire comme Xavier Darcos.
Il y a vingt ans, alors que l'actuel
locataire de la rue de Grenelle débutait sa carrière d'enseignant, il était accusé de
fraude puis relaxé.
Cette affaire éclate juste après la session de juin 1982 du baccalauréat, par des
rumeurs de fuites ayant profité à des élèves de Périgueux (Dordogne).
Le recteur de l'académie de Bordeaux, convaincu de l'existence de ces fraudes,
annule l'épreuve dans cette ville, ordonne une enquête administrative et dépose plainte
contre X.
Quelque 670 candidats reçoivent une nouvelle convocation pour octobre.
Rapidement apparaît le nom de Xavier Darcos, 35 ans, professeur de lettres agrégé du
lycée Laure-Gatet de la ville.
Il est accusé d'avoir divulgué un sujet du bac de français à ses élèves.
L'enquête administrative établit que M. Darcos, membre de la commission
académique qui choisit les sujets des examens, avait fait réviser à ses élèves,
quelques jours avant le bac, un sujet très voisin de l'un des trois proposés aux
candidats.Ces révélations font scandale.
Surtout que, selon France-Soir de l'époque, Xavier Darcos est "un jeune et brillant
enseignant inscrit au tableau d'aptitude aux fonctions d'inspecteur d'académie",
"promis à un très brillant avenir professionnel".
Inculpé, Xavier Darcos est cité à comparaître le 30 mai 1983 devant le tribunal de
grande instance de Périgueux.
Le ministère public requiert une peine d'amende.
L'avocat de l'enseignant plaide que les sujets sont choisis sur plusieurs listes de
propositions et que nul ne pouvait savoir de manière certaine à l'avance quels seraient
les trois sujets finalement proposés aux candidats.
Le tribunal le relaxe.Sa porte-parole a assuré à l'AFP qu'à l'époque des faits,
"les rédacteurs ne pouvaient pas savoir si leur sujet allait être retenu".
Ce "délit d'initié" est pratiquement "impossible", assure le service
inter-académique des examens et concours d'Ile-de-France (SIEC), en raison de la
multitude de précautions prises.
Le SIEC souligne que chaque enseignant chargé de proposer un sujet signe une attestation
de confidentialité, en s'engageant à ce qu'il soit inédit et qu'il n'ait pas été
travaillé par ses élèves.
Pour chaque discipline, il y a plus de vingt sujets proposés à chaque fois, afin de
faire face aux besoins de la métropole, des DOM-TOM, des sessions de rattrapage de
septembre, et des baccalauréats passés dans les lycées français de l'étranger.
Un professeur ne peut donc jamais être sûr que le sujet qu'il a proposé à la
commission spécialisée sera choisi.Malgré tout, des cas de fraude au bac ont été
enregistrés. En 1964, Dany Maurel, employée au rectorat de Marseille, communique les
sujets à un candidat, son ami de coeur, Paul Derodon.
Quelques jours après, ces précieux sujets se vendent dans les bars.
Outré, un Marseillais dévoile le pot aux roses.
Le scandale se solde par neuf condamnations dont huit à la prison ferme et la mutation de
l'inspecteur d'académie.
En 1965, Armand Vitellio, employé au rectorat d'Orléans, fait parvenir les sujets à un
ami dont le fils est candidat.
Particulièrement nul en maths, le jeune homme est brillant à l'écrit mais
"sec" à l'oral.
Il est condamné à six mois de prison avec sursis, les deux pères à huit.
En 1973, un employé du rectorat de Grenoble fait "fuiter" les sujets avec si
peu de prudence que les autorités les changent la veille du bac.
Et en 1984, le rectorat d'Orléans découvre que, depuis des années, les élèves de
terminale se passent un tuyau : une fenêtre à la fermeture défaillante permet d'aller,
de nuit, consulter les sujets sortant de l'impression.
(AFP, 10/06/02)>>